Il y a souvent un moment, devant les Paraboot, où tout semble proche. Le cuir, la semelle en gomme, cette couture claire qui fait le tour de la chaussure. On prend une paire, puis une autre. Et très vite, une question arrive. Michael, Chambord, Morzine : laquelle est vraiment faite pour vous ?
Comprendre ce qui les sépare, c’est déjà éviter de choisir au hasard d’une couleur.
Une même construction, trois présences
Ces trois derbies viennent de Paraboot, fabriquées en France, doublées cuir, montées en cousu norvégien. La tige est cousue à la semelle par une trépointe, et les deux coutures restent visibles. C’est ce qui donne à la chaussure son allure, sa solidité, et cette façon de pouvoir être ressemelée le jour où la gomme a vécu.
La semelle en gomme change aussi le quotidien. Elle est souple dès les premiers pas, silencieuse sur le pavé, et elle vieillit sans la raideur d’une semelle en cuir neuve.
Derrière cette base, chaque modèle a son volume, son nez, et une histoire différente.
La Michael
La Michael est la Paraboot que l’on reconnaît sans lire l’étiquette. Elle porte le prénom de Michel Richard, né en 1945, au moment où la deuxième génération de la maison dessinait cette forme. Le bout est rond, le chaussant généreux, la couture du plateau bien dessinée. Elle n’a jamais cherché à être une chaussure de costume. Elle est devenue, presque malgré elle, la derby que l’on porte avec un jean, une maille, un pantalon de velours.
En boutique, on la voit en cuir lisse, marron ou noir, et en cuir cerf. Le lisse est plus calme. La lumière glisse dessus, la patine vient doucement, par les plis du coup de pied. Le cerf est grainé. Il accroche moins le regard de loin, et la couture s’y lit davantage, surtout en noir, où le point clair dessine le plateau. Même forme, deux caractères. Le cerf a quelque chose de plus souple visuellement, presque de plus quotidien. Le lisse reste la version la plus nette.




Elle se porte facilement. Avec un chino, un denim brut, un pull un peu épais. C’est la paire que l’on enfile sans y penser, et qui finit par prendre la forme exacte du pied.

La Chambord
La Chambord est plus habillée, sans devenir une richelieu. Paraboot la présente comme un modèle de golf, à l’image des châteaux de la Loire, et elle a une signature que les autres n’ont pas : la piqûre du plateau à 45 degrés. Vu de dessus, le nez se dessine autrement. La ligne est plus précise, le pied paraît un peu plus fin, alors que le bout reste rond.
Elle convient souvent mieux à un pied qui n’a pas besoin de tout le volume de la Michael. La différence se sent en les tenant l’une à côté de l’autre, plus encore qu’en les décrivant. En cuir lisse café, elle s’accorde avec une flanelle, un pantalon de laine, une chemise. Elle peut suivre une journée de bureau et un dîner, là où la Michael resterait plus décontractée.

Il existe une Chambord à part, en shell cordovan. Le cuir vient de l’arrière-train du cheval, la partie la plus dense de la peau, et il est tanné à Chicago, chez Horween, depuis le début du XXe siècle. Une paire en demande une pièce entière. Le bordeaux est profond, presque sombre tant qu’on ne le met pas dans la lumière. Avec le temps, il prend un éclat que le veau lisse n’a pas.
C’est aussi un cuir qui se mérite. La pluie peut y laisser une marque. On le garde sur embauchoirs, on l’essuie, on nourrit les petites cloques avec une crème de la même teinte, puis on le lustre. Ce n’est pas la paire de tous les jours sous l’averse. C’est celle que l’on choisit quand on veut une Chambord qui ne ressemblera, dans dix ans, à aucune autre.

La Morzine
La Morzine se confond avec la Michael si on ne la regarde que de face. Le plateau cousu, le bout rond, la gomme : tout y est. La différence est au talon. Trois piqûres d’ornement courent sur la talonnette. Paraboot la surnomme « la Para aux trois bandes », et c’est le seul modèle de la collection travaillé en cuir de veau Novo nappa. Le cuir est plus souple dès le premier jour, et il est prévu pour durer longtemps sans raidir.
Le chaussant est très généreux, encore plus rond. Paraboot conseille souvent une demi-pointure en dessous de sa pointure habituelle. Mieux vaut l’essayer. En marron, elle a cette chaleur un peu mate du nappa, moins brillante que le lisse de la Michael, plus douce sous la main.
Elle est pour ceux qui aiment la Michael et la trouvent un peu trop présente, ou pas assez souple. Même esprit, autre main.


Quand la ligne doit être plus nette
Deux autres derbies de la sélection s’éloignent de cette rondeur.
L’Avignon est un bout chasse. Le nez s’allonge en amande, le chaussant est plus traditionnel, et le nom vient d’une ville fortifiée du Sud. Elle a traversé les modes sans changer de rôle : une derby de ville, cousue norvégien, qui reste lisible avec un costume décontracté comme avec un pantalon de coton. En cuir lisse marron, elle est la plus classique du mur. Moins immédiatement « Paraboot » que la Michael, pour qui cherche une chaussure plus discrète.


Le Tournier va plus loin dans cette direction. La forme est ajustée, le bout allongé, la tige plus galbée. En cuir café, il se rapproche d’une derby de ville habillée, tout en gardant la semelle gomme et le cousu norvégien. C’est le choix quand on aime la construction Paraboot et que l’on ne veut pas du volume de la Michael.

Au fond, le choix est simple
On ne classe pas ces chaussures de la meilleure à la moins bonne. On reconnaît celle qui correspond au pied, et à la façon dont on s’habille vraiment.
La Michael pour le quotidien, ronde et immédiatement familière. La Chambord quand la ligne doit être plus précise, et le cordovan si l’on veut le même modèle dans un cuir rare. La Morzine pour la souplesse et ce détail des trois bandes. L’Avignon ou le Tournier dès que le nez doit s’allonger.
Chez casaNoé, une Paraboot ne se choisit pas pour une saison. Elle se patine, se ressemelle, et finit par raconter les chemins qu’on lui a fait faire. L’essayer reste le seul moyen d’être sûr. Le cuir, sous la main, ne dit pas la même chose que sur une photo.
